Les Anciens avaient inventé la Démocratie
Les Modernes y ont ajouté la Liberté
Nous sommes responsables des deux...

Affirmons nos libertés !

lundi 28 février 2011

Alain Finkielkraut et Marine Le Pen

Hier sur France 5, l'émission pas toujours excellente "C Polique" avait pour invité l'excellent Alain Finkielkraut, qui a pu répondre à peu près tranquillement, une fois n'est pas coutume, à un Nicolas Demorand plus respectueux qu'à son habitude de la liberté de parole de son interlocuteur...
Et ce matin sur France 2, "Les 4 Vérités" recevaient Marine Le Pen, sous le feu des questions d'un Roland Sicard qui, lui aussi, l'a laissée complaisamment exposer des points de vue que, semble-t-il, il souhaitait entendre...

Au-delà des comportements quelque peu inhabituels des deux journalistes, comportements qui ne sont pas l'objet de mon propos d'aujourd'hui, j'ai trouvé fort intéressant de croiser les deux interventions, d'autant que le philosophe a fait largement allusion à la présidente du FN.

Le sujet de C Politique était les bouleversements actuels dans le monde arabo-musulman. Si ç'avait été le seul aspect de la prestation d'Alain Finkielkraut, je ne me m'en serais sans doute pas fait l'écho ici, ayant suffisamment, je crois, évoqué le sujet dans mon dernier billet. Mais le philosophe ne s'est pas contenté d'évoquer les troubles actuels, et s'est assez longuement étendu sur le sujet connexe de l'immigration dans notre pays, et particulièrement de l'immigration maghrébine.

Il m'a semblé opportun de m'en faire l'écho, et de dire ce que je pense de ses prises de position, dans l'optique des évènements actuels bien sûr, mais également du débat annoncé par Nicolas Sarkozy sur l'islam en France, et sur les problèmes qu'il engendre.

Je note d'abord, pour m'en réjouir, que le philosophe, je ne dirai pas avec outrecuidence "est d'accord avec moi", mais simplement se pose la même question que moi, et évoque les mêmes hypothèses que moi, quant à la suite que l'histoire donnera aux soulèvements populaires dans le Maghreb et au Moyen Orient. Notamment a-t-il évoqué clairement le risque d'une islamisation radicale, notamment en Egypte avec Les Frères Musulmans, bien plus qu'une soif de démocratie à laquelle, manifestement, il ne croit pas beaucoup plus que moi. Mais j'arrête là de commenter ses propos sur les évènements actuels, et j'en viens à ce qu'il a dit de leurs conséquences prévisibles pour la France et l'Europe, à savoir d'une vague migratoire énorme dont il faut souhaiter (mais peut-on raisonnablement l'espérer ?) que nous serons capables de la gérer.

C'est que, justement, cette vague migratoire prévisible va venir s'ajouter à la présence déjà nombreuse de Musulmans sur notre territoire, et va donc mécaniquement accentuer encore les problèmes existants, problèmes dont il serait d'autant plus urgent de les regarder en face, plutôt que de détourner pudiquement (et hypocritement) les yeux comme le fait la bienpensence omniprésente et régnante...

Que dit Finkielkraut sur le sujet ? Voici un florilège de ses prises de position.

Premier point, qui n'a peut-être pour certains pas grand rapport avec le sujet, mais qui pourtant est en plein dedans, une critique acerbe de ce qu'il appelle le relativisme culturel à l'école. Un relativisme culturel dont il attribue avec une certaine justesse la paternité à la gauche politique (gauche politique dont il est lui-même issu), et qui consiste, pour ne pas "choquer" certaines "sensibilités", et on comprend tous de quelles "sensibilités" il s'agit, à ne pas aborder en cours certains sujets, dont pêle-mêle : les croisades, les droits de l'homme, l'égalité homme-femme, l'élevage du porc en Bretagne, la Shoah, j'en passe, et des meilleures... Mais aussi à faire manger de la viande hallal dans les cantines scolaires, à séparer les filles et les garçons dans les piscines, à ne faire examiner les filles que par des infirmières femmes, etc...

Ensuite, il nous ouvre les yeux (mais le voudra-t-on ?) sur la crise généralisée de l'intégration dans toute l'Europe, en France mais aussi en Angleterre, aux Pays Bas, en Allemagne. "Parce qu'une immigration familiale a succédé à une immigration de travail", à cause "d'une hostilité grandissante d'immigrés et d'enfants d'immigrés à l'égard de la culture d'accueil", "d'une espèce de séparatisme pratiqué par les populations autochtones qui quittent les quartiers, qui quittent les banlieues en raison de la violence et de l'insécurité", autant de raisons pour les gouvernements "de maîtriser les flux migratoires". Et d'ailleurs "on ne peut pas à la fois", dit-il avec bon sens, "soutenir ces révolutions et s'enthousiasmer de l'émigration". Ces pays "ont besoin de leurs jeunes, et de leurs meilleurs jeunes [...] pour construire leur liberté"...

Sur Marine Le Pen, à laquelle un reportage de l'émission était consacré, Alain Finkielkraut a une position admirable de clairvoyance, position que je partage à 100 %. "Elle est et restera", dit-il, "le troisième homme de l'élection présidentielle", "elle va marginaliser les candidatures centristes, et peut-être aussi la candidature écologique", "ça se jouera à trois", et "c'est très grave parce que si d'autres ont rompu explicitement avec le fascisme [...] Marine Le Pen a dit récemment qu'elle assumait la totalité de l'héritage du Front National. Voilà pourquoi elle doit être combattue durement". "Elle voit ce que nous voyons, et surtout on lui abandonne le peuple et une partie du peuple". "Il y a toute une frange de la population [...] dont la majorité des journalistes et des hommes politiques se désintéressent, comme si la France était composée simplement de bobos [...] et de jeunes de banlieue. Non, il y aussi ces gens qui souffrent et [...] qui ne brûlent rien. Et tout d'un coup, Marine Le Pen prend en compte leurs souffrances", "C'est très grave, et je souffre infiniment du fait que Marine Le Pen soit seule à le dire". Entre autres, "la défense de la laïcité s'impose. Il ne faudrait pas la lui abandonner".

Le débat sur l'islam en France : "Non, assez de débats ! Des initiatives ! Des mesures ! Et ne croyez pas, par exemple, que Marine Le Pen ait tiré bénéfice du débat sur l'identité nationale ! Elle a tiré bénéfice de la diabolisation de ce débat !". "Il y a en France une véritable crise identitaire. Nous sommes dans un pays où l'accusation de sale Français [...] fait florès. Beaucoup de Français le ressentent, et tout d'un coup on leur dit que l'identité nationale est en tant que telle malfamée [...] que l'identité française doit consister simplement à s'ouvrir à d'autres identités. [...] L'identité serait (parait-il) un concept d'extrême-droite..."

Encore autre chose : "Si vous êtes quelque chose, vous excluez quelqu'un. [...] Ne soyons plus rien de substantiel, et ouvrons-nous à tous. [...] Voilà une idéologie en vogue, et elle fait évidemment le jeu du FN. Il ne faut pas que l'identité française trouve refuge au FN".

Question : "Y a-t-il en France un problème entre l'islam et la laïcité ?"
Réponses : "Il y a un problème en Europe : en Angletere, aux Pays Bas, en Allemagne et en France. D'où la dénonciation simultanée du multiculturalisme. [...] Il y a en effet aujourd'hui de véritables difficultés d'intégration [...] qui doivent nous conduire à fixer clairement les règles du jeu". "La France n'est pas un pays catholique, mais elle a été un pays catholique. Et cette réalité doit s'imposer à tous les nouveaux arrivants". "Il y a un problème, me dites-vous ? Il y a en effet un problème quand l'origine n'a droit de cité que lorsqu'elle est étrangère, que toutes les marques identitaires sont les bienvenues, sauf quand il s'agit de l'identité nationale". "La France n'est pas une auberge espagnole, et ne doit l'être pour personne". "Si vous avez (dans un quartier, note de votre serviteur) 70% des jeunes qui sont d'origine subsaharienne ou maghrébine, l'intégration ne peut pas se faire". "Il est clair que les autochtones s'en vont; [...] pas parce qu'ils sont racistes; ils s'en vont en raison de la violence et de l'insécurité". "Ce déni de réalité qui sévit aujourd'hui est absolument catastrophique".

Quand j'entends de tels propos, venant d'un philosophe de la "pointure" d'Alain Finkielkraut, je ne peux que souscrire et me réjouir de ce que nous ne soyons pas seulement, comme on voudrait trop souvent nous le faire accroire, une poignée à penser de la sorte, dans notre petit coin... Je n'ai rien à ajouter ni à retrancher. Je persiste (parce que je l'ai déjà dit) et je signe.

Hasard de la programmation ou pas, c'était justement Marine Le Pen qui était ce matin l'invitée des "4 vérités" sur France 2. Le thème de sa présence dans les studios était le remaniement ministériel d'hier, mais c'est évidemment la résonnance de ses propos avec l'émission de France 5 qui m'a intéressé au premier chef.

Extraits :

"Les risques des flux migratoires, en provenance du Maghreb, [...] c'est LE sujet de préoccupation actuel des dirigeants des pays européens. Et le Président (dans son allocution d'hier, note de votre serviteur) ne fait que l'effleurer."

"La seule chose que propose l'Union Européenne, c'est de se partager les migrants qui arriveraient. Nous ne le pouvons pas. La responsabilité des dirigeants français, c'est de préserver la France de toute nouvelle immigration, au moment où celle-ci [...] n'a fait qu'augmenter". "Je sais qu'il est plus facile de dire que nous allons les accueillir, mais [...] nous n'arrivons même pas à donner à nos propres enfants une éducation digne de ce nom dans des écoles dignes de ce nom; nous n'arrivons même pas à soigner correctement nos propres compatriotes; nous n'arrivons même pas à les loger; et on va continuer à admettre l'idée que nous allons accueillir toute la misère du monde ? Ce n'est pas possible, et je crois que le courage c'est de le dire; le courage c'est de mettre en place un processus visant à, effectivement, préserver les intérêts de la France et des Français face à ces flux migratoires dont nous ne connaissons pas encore l'importance."

Voilà la petite partie de l'interview qui a retenu mon attention. Pour le reste, et comme à l'accoutumée, Marine Le Pen s'est répandue en contre-vérités et autres idioties, notamment sur "l'ultra libéralisme" dont elle taxe aussi bien Nicolas Sarkozy que Dominique Strauss-Kahn. Heureusement, elle n'a pas eu l'occasion d'aborder les questions économiques, ce qui lui a évité de se ridiculiser une fois de plus face à quiconque possède quelques notions en la matière...

Ceci pour dire que je ne prends pas les propos de Marine Le Pen comme paroles d'évangile, et loin s'en faut. Je suis de ceux qui sont convaincus que les thèses du Front National, pour l'essentiel, sont particulèrement nuisibles, et que sa présidente est d'autant plus dangereuse qu'elle a réussi à presque se débarrasser de l'image sulfureuse de son père.

Mais sur les questions de l'immigration, de l'identité nationale et de la laïcité, elle dit ce que la plupart des citoyens de ce pays ressentent, et elle est dans le paysage politique à peu près la seule à tenir un langage cohérent.

C'est en celà qu'Alain Finkielkraut a très certainement raison de dire que "si ça continue, oui, Marine Le Pen risque fort, non seulement d'être le troisième homme, mais un jour ou l'autre d'arriver au pouvoir".

Qu'à Dieu ne plaise. Cependant personne d'autre dans la sphère politique, à droite comme à gauche, ne semble avoir pris la mesure du danger, ni ne semble avoir une vue cohérente de ce que nous préparent nos errements soi-disant humanistes et tout simplement suicidaires.

jeudi 24 février 2011

Faudra-t-il détruire Carthage ?

Le monde arabo-musulman bouge ! C'est le moins qu'on puisse dire.

Les premiers mouvements de foule ont eu lieu en Tunisie, où le président Ben Ali a été poussé à la démission et à l'exil en quelques jours seulement. L'Egypte a suivi, avec le départ forcé lui-aussi du Président Moubarak. Au total, des troubles ont lieu dans une dizaine de pays du Magrheb et du Moyen Orient, comme le Yemen, l'Algérie, le Maroc ou même l'Arabie Saoudite.

Personne ne s'attendait à cela, et ils ont belle allure ceux qui reprochent aujourd'hui à nos dirigeants occidentaux, et français en particulier, de n'avoir rien vu venir. Ils ont belle allure après-coup, comme c'est à chaque fois beaucoup plus facile, nos socialistes par exemple qui reprochent vertement à la diplomatie française d'avoir été trop "molle", alors qu'ils n'ont bougé eux-mêmes que trois jours après l'exil de Ben Ali, en excluant son parti de l'Internationale Socialiste ! Mais passons, il ne s'agit là que de rhétorique politicienne, et d'opportunisme de bon aloi dans le concert de politique intérieure, plus que d'une quelconque conscience diplomatique.

En marge des blablas et des récupérations politiciennes, seules deux séries de questions sont pertinentes : les causes, pour tenter si c'est possible de prévenir une extension des troubles et ses conséquences macro-économiques (cette région du globe recèle plus de la moitié des réserves mondiales de pétrole), et les conséquences en terme de bouleversements politiques à venir.

Au chapitre des causes, on entend à l'envi nos amis journaleux de tous bords s'enchanter de ce que les peuples des pays musulmans auraient une soif inextinguible de liberté, et que leurs révolutions auraient pour but d'obtenir l'abolition des régimes dictatoriaux en place et leur remplacement par des système démocratiques. Alléluia !...

La réalité est plus prosaïque à mon sens, et les motivations des peuples arabes sont de nature à moins bien augurer de la suite des évènements.

Les régimes politiques de ces pays sont pour la plupart, en effet, des dictatures qui, vues d'ici, nous apparaissent volontiers comme haïssables, même si par commodité l'Occident tout entier s'en est lâchement accomodé pendant des décennies. Nos intérêts géostratégiques et économiques (pétrole oblige) nous ont poussés à accepter sans sourciller de traiter avec des monarchies ou des dictatures (civiles ou religieuses) directement issues de la décolonisation et de la manière dont nous avons mené celle-ci. Je prétends que l'Occident est au moins en partie responsable de l'instauration des régimes politiques en place dans cette région du monde, régimes contre lesquels nous n'avons jamais lutté de peur de voir nos propres intérêts mis en danger. C'est ce qu'on peut appeler de la "real politique". C'est surtout de la lâcheté, mais il est un peu tard pour le dire...

Mais la démocratie s'accomode mal de l'islam en tant que culture civilisationnelle, et je crois sincèrement que les Musulmans, eu égard au Coran et la Loi Divine qu'il prêche (la Charia), ne sont pas prêts spontanément et naturellement à se battre pour cette démocratie que nous-autres Occidentaux avons élevé au rang de principe incontournable. Ce n'est donc à mon avis nullement pour obtenir plus de démocratie, ni même peut-être plus de liberté, qu'ils sont descendus dans la rue.

La véritable raison, en tout cas l'élément déclencheur, c'est bien plutôt selon moi les conditions matérielles et économiques qui se sont détériorées de manière importante dans les deux dernières années, essentiellement en ce qui concerne le prix des denrées alimentaires. Et dans des pays où l'or noir devrait logiquement assurer la prospérité, les populations supportent d'autant moins leurs conditions économiques pitoyables. Ensuite, le fait d'être dans un pays totalitaire où le dirigeant est, lui, richissime, augmente encore la motivation de révolte. Ce fut d'abord le cas en Tunisie, et le reste de la région s'embrase maintenant par "contagion".

Même le Maroc et l'Arabie Saoudite, dont j'ai cru un moment qu'ils seraient à l'abri pour des raisons religieuses (l'Arabie est toute entière une mosquée, et le roi du Maroc a le titre de Commandeur des Croyants), sont touchés par des troubles qui, de mon avis, ont vocation à croître et empirer au rythme des autres pays musulmans.

Maintenant qu'un tel incendie a démarré, à l'échelle de toute la Méditerrannée du Sud, il n'est pas sur Terre de pompier suffisamment puissant et suffisamment outillé pour y mettre fin.

A ce stade, je veux dire ce que je pense de ce qui se passe aujourd'hui en Libye. Non content d'avoir été durant des décennies un dictateur implacable avec des conséquences insupportables pour son peuple, Kadhafi se comporte aujourd'hui comme un fou sanguinaire.

"On ne peut pas diriger un pays en laissant tout faire", ai-je entendu dire. Qu'il fasse la police pour stopper les exactions des manifestants serait une chose. Qu'il réprime la révolte (et pas seulement les crimes et les saccages) à l'arme lourde, en tuant des centaines (peut-être des milliers) de citoyens, en est une autre. Il est inacceptable de massacrer les citoyens dans le seul but de se maintenir au pouvoir. Et c'est ce que fait Kadhafi... Il me parait indispensable, pour sa simple crédibilité, que cette "communauté internationale" dont on se gargarise à l'envi prenne enfin les mesures de rétorsion concrètes qui s'impose. Une interdiction de l'espace aérien libyen par exemple, contrôlée militairement par l'ONU, interdirait au moins au maître de Tripoli des tirs aériens sur sa population. Et d'autre part, on a institué ailleurs et en d'autres temps des embargos pour moins que ça. Qu'attend-on ?...

J'en arrive aux conséquences probables de ces émeutes.

Il y a trois scénarios possibles, et ceci dans chacun des états concernés.

- Soit l'instauration d'un régime démocratique. Solution la plus souhaitable évidemment, c'est aussi selon moi la moins crédible. Comme je l'ai dit plus haut, la religion musulmane, et surtout le modèle socio-politique découlant de la loi coranique, s'accomode mal des libertés individuelles.

- Soit le maintien d'un système dictatorial, différent du précédent mais tout aussi autoritaire. Hypothèse malheureusement crédible compte tenu de l'intérêt économique monstrueux que représente la mâne pétrolière, et la difficulté évidente de trouver dans la population les compétences susceptibles de la gérer démocratiquement et équitablement.

- Soit enfin l'instauration d'un pouvoir religieux. J'ai lu à plusieurs reprises que certains redoutaient un scénario à l'iranienne. L'histoire ne se répète jamais. Gageons que l'hypothèse d'une telle éventualité ne laisserait pas d'être pire encore qu'à Téhéran. Les ayatollahs sauront ne pas refaire les mêmes erreurs, et museler plus efficacement encore toute velléité de sursaut du peuple...

C'est le scénario le plus noir mais à mes yeux le plus à redouter, car malheureusement le plus crédible compte tenu de la culture et de la civilisation dans cette région du monde. Tout comme le christianisme jusque dans le haut Moyen Age, l'islam ne s'est pas encore affranchie des préceptes les plus obscurantistes de son livre sacré, et ses adeptes sont des proies aussi faciles pour les intégristes musulmans que l'étaient les Chrétiens pour les inquisiteurs d'alors.

Je ne suis pas le seul à le redouter.

Si tel est le cas, et si mes craintes s'avèrent, le monde aura fait un saut monstrueux en arrière, et il se trouvera sans doute alors quelqu'un pour s'écrier Delenda Carthago. Qu'à Dieu ne plaise, mais c'est plus que probable...

Dans tous les cas de figure, une chose est certaine : l'Europe va être inéluctablement le théâtre d'une immigration sauvage, licite ou illicite, due au fait qu'avant toute stabilisation politique de leurs pays, ces hommes et ces femmes fuiront à n'en pas douter à la fois leurs conditions de vie et les troubles qui s'y développent, en direction de ce qui leur apparait comme un El Dorado, même si nous savons bien, nous-autres, qu'il n'en est rien et que nous ne pouvons pas les accueillir.

Il est donc indispensable de s'y préparer, et d'ores et déjà de prévoir les moyens de leur reconduite à domicile. Mais en aurons-nous la volonté politique, ou bien une fois de plus accepterons-nous une colonisation que nous ne n'avons jamais été capables d'endiguer ? Je n'ose pas faire de prophétie en la matière, mais je suis bien pessimiste...

mercredi 9 février 2011

Le choeur des vierges effarouchées.

"Il n'y a que la vérité qui blesse". C'est l'adage enfantin (et donc évident de sagesse) que ne veulent plus entendre aujourd'hui ni ceux qui se sentent morveux et qui n'en finissent pas de se moucher, ni ceux qui s'indignent sincèrement de ce qu'ils prennent pour un affront, sans même s'apercevoir que le ressentir comme tel est déjà un aveu en soi...

Car quel est le noeud du problème ? Un haut dirigeant de l'exécutif (il faut parler ainsi, puisque le respect dû à la fonction de Président de République n'a désormais plus aucun cours, et que ledit Président n'est plus à ce jour ressenti que comme le chef du clan majoritaire, tout comme dans la plus banale des républiques bananières), un chef de l'exécutif, donc, a fait une réflexion publique sur le fonctionnement de l'institution judiciaire, ce qui déplait souverainement à ses membres, lesquels entendent le faire savoir avec force fracas...

Pour étayer leur couroux, ces Messieurs du Siège comme leurs homologues du Parquet, tous unis dans une réaction corporatiste univoque, s'effarouchent de ce qu'ils disent ressentir comme une atteinte à leur indépendance garantie par la Constitution. Rien que ça !

Dire que la justice de ce pays a dysfonctionné serait par nature attenter à la séparation des pouvoirs. Critiquer le fait qu'un multirécidiviste élargi avant la fin de sa peine, soit ainsi mis en situation par une coupable erreur de commettre un meurtre barbare sur la personne d'une jeune fille innocente dans des contitions qu'on accepterait difficilement de la part d'une bête sauvage, serait donc un crime de lèse-majesté à l'encontre d'une caste intouchable es-qualité !

Quelle est cette conception de la démocratie dans laquelle il serait interdit à quiconque, fût-ce le Président de la République lui-même, de porter un jugement sur le fonctionnement d'une administration ? Car, n'en déplaise à ces Vierges Effarouchées qui se croient au-dessus des lois qu'ils ont pourtant pour mission d'appliquer, l'institution judiciaire est une administration comme une autre, moins au service d'elle-même qu'au service des citoyens qui la financent, et surtout nullement à l'abri de tout contrôle. Indépendance ne signifie pas impunité, et si la séparation des pouvoirs est un pilier essentiel de la démocratie, elle ne dédouanne les juges, ni d'une obligation de résultat, ni de sanctions disciplinaires, voire pénales, en cas de manquement à cette obligation.

Dans l'affaire qui nous occupe, le Président n'a fait que se mettre du côté de la victime et de ses proches, et exprimer ce que ressentent la majorité des Français devant la recrudescence alarmante de crimes commis par des repris de justice élargis avant la fin de leur peine, quelquefois même contre l'avis des experts. Il est déjà peu admissible que les services de police ne parviennent que petitement à assurer la sécurité des citoyens. Il l'est encore bien davantage que les criminels arrêtés, jugés et condamnés, se retrouvent en situation de récidiver à la suite de remises de peines inconsidérées prononcées par des magistrats routiniers et inconséquents. L'opinion publique le comprend de moins en moins, et il est heureux que certains responsables politiques s'en émeuvent enfin, même si, il faut en être conscient, cette émotion est plus dictée par un souci électoraliste que par la réelle volonté politique de remédier à de telles situations...

Il est tout à fait évident, pour tout le monde sauf pour semble-t-il l'institution judiciaire, que jamais la pauvre Laetitia n'aurait dû se trouver en contact avec son agresseur, lequel aurait dû être encore sous les verrous, comme l'avait décidé un jury d'Assises au nom du peuple français. Au nom du peuple français, une cour d'assises avait envoyé en prison un coupable. Un juge d'application des peines, revêtu de l'autorité souveraine que lui confèrent ses fonctions, et selon lui sans contrôle d'aucune sorte, a décidé de rendre partiellement caduque le jugement et d'écourter la peine prononcée. Le criminel ainsi libéré a tué et démembré une pauvre jeune fille innocente. Et voilà qu'on nous assène l'implacable jugement selon lequel il faudrait se taire, accepter l'inacceptable, et ne pas même critiquer le juge qui s'est rendu coupable (j'emploie le mot à dessein) de permettre ce nouveau crime !

Certes, je suis de ceux qui considèrent que le système d'application des peines est beaucoup trop souple, et que notamment les remises de peine quasi automatiques sont un non-sens. Mais elles sont soumises, ces remises de peines, à l'appréciation du Juge, ce qui rend ce dernier totalement responsable de leur prononcé...

NON, messieurs les magistrats, ne jouez pas les vierges effarouchées ! Effarouchés, vous l'êtes, certes ! Car on ose remettre en cause votre impunité et critiquer votre inconséquence. Mais vierges, vous ne l'êtes en aucune façon ! Ni vierges de tout soupçon, ni vierges de tout laxisme, ni surtout vierges de toute faute (là aussi, j'utilise ce mot à dessein).

Qu'on ne fasse pas de vous, certes, de faciles boucs émissaires. Mais qu'on n'hésite pas à vous mettre en cause quand vous êtes criticables. Et ici, vous l'êtes ! Que vous l'admettiez ou non ! Alors, de grâce, ne nous prenez pas pour des imbéciles, et souffrez que les victimes de vos inconséquences vous fassent les reproches que vous méritez ! Et n'interdisez pas (de quel droit ?) à l'Exécutif, qui a en charge la sécurité des citoyens, de critiquer le Judiciaire quand le Judicaire n'applique plus scrupuleusement la Loi. Ce n'est pas violer le principe de séparation des pouvoirs que de le faire. Personne ne prendra de décision judiciaire à votre place, personne ne vous ordonnera aucune de vos prises de décision, mais tout le monde a le droit de dire que ces décisions sont criticables, voire quelquefois inadmissibles. Rappelons-nous aussi Outreau...

Le choeur antique que vous entonnez à l'unisson n'y changera rien. Plus vous vous révolterez contre le jugement de vos concitoyens, et plus vos concitoyens seront confortés dans l'idée qu'ils ont raison de vous critiquer...

"Qui se sent morveux, qu'il se mouche", disait Petitjean !

jeudi 13 janvier 2011

Quand la fiction rejoint si bien la réalité...

Le Diable rouge est une pièce de théâtre écrite par Antoine Rault et mise en scène par Christophe Lidon. Cette pièce a reçu sept nominations aux Molière 2009.

La pièce retrace les derniers mois de la vie de Mazarin, principal ministre du jeune roi Louis XIV dont il achève la formation de souverain. Assisté de Bernouin, son fidèle premier valet, le cardinal souhaite achever son œuvre en signant la paix avec l'Espagne, contre laquelle la France est en guerre depuis trente ans, et qui a ruiné les finances du royaume. La reine-mère Anne d'Autriche tente de convaincre le roi de choisir le mariage de raison avec l'infante d'Espagne, ce qui mettrait fin à la guerre, contre un mariage de passion avec Marie Mancini, la nièce de Mazarin. Colbert use de son influence pour préparer son accession à la surintendance des finances à la mort du cardinal.

Dans l'extrait que je mets en ligne, on voit à quel point rien n'a vraiment changé depuis le Grand Siècle quand il s'agit de pomper les ressources des sujets du Prince, ceux qu'on appelle aujourd'hui des "citoyens" pour les rassurer...

lundi 10 janvier 2011

Quelques chiffres insupportables

Mon dernier billet a provoqué, notamment, un commentaire auquel j'ai choisi de répondre ici par un billet, qui me permettra de mieux détailler et documenter.

Mon contradicteur, en marge de mon propos sur l'Etat Providence, "en remet une couche" sur l'air connu de "fusillons ces salauds de capitalistes", chanson connue où les actionnaires seraient ces dangereux vampires qui suceraient le sang des pauvres gens, et qui "se goinfreraient", malgré la crise économique que les autres, et en priorité les pauvres salariés, ne pourraient que subir...

Je voudrais simplement donner ici quelques chiffres :

1) - La distribution de dividendes dans les sociétés du CAC 40 va être pour l'exercice 2010 de l'ordre de 40 000 M€
    - La capitalisation boursière des sociétés du CAC 40 est de 970 000 M€. Source ici
    - Le taux de rendement moyen des capitaux investis dans les sociétés du CAC 40 est donc de 4,12 %.

    Il est trop facile de ne citer que le premier chiffre, empêchant ainsi sa mise en perspective qui, seule, permet d'en apprécier la valeur...

2) Le rendement d'un placement en euro (assurance vie) va jusqu'à 4,30 %, chez BForBank par exemple. Source ici

3) Les placements immobiliers rapportent, eux, autour de 6 %. Source ici

Il est donc absolument faux de dire que la distribution de dividendes représente un revenu exagéré. C'est même le contraire.

4) - Dans les années 1950 et 1960, la part de la valeur ajoutée (le bénéfice brut des entreprises) dévolue aux salaires et aux charges était de l'ordre de 70 %
    - Dans les années 1980, elle est allée jusqu'à 75 % sous l'effet de la politique du ces jours-ci vénéré François Mitterand, et avec les conséquences que l'on sait sur l'économie et l'inflation
    - Depuis, cette part est revenue autour de 68 %
    - Dans le même temps, la part de cette même valeur ajoutée dévolue à la rémunération du capital investi (les dividendes) est restée stable autour de 28 %

C'est donc bel et bien le reste, c'est à dire la part dévolue à l'état (les impôts), qui a grignoté la part des salariés, et en aucune façon la rémunération du capital...

Source ici

5) Ces chiffres permettent en outre de calculer le taux de rendement brut du capital investi : la valeur ajoutée, en France, ne représente que 14,7 % de la capitalisation boursière ! Qu'on cesse donc de nous dire que la rentabilité des entreprises françaises est si bonne ! C'est tout simplement une contre vérité...

Qu'on ne vienne pas nous dire non plus que les actionnaires se goinfrent à coup de dividendes : s'ils plaçaient leurs capitaux ailleurs que dans les entreprises, leur revenu serait en moyenne supérieur. La supériorité des marchés actions, ce ne sont que les plus-values. Mais quand on regarde les courbes des indices boursiers, on s'aperçoit à quel point ces plus-values sont hasardeuses ! L'indice CAC 40 est passé de 6104 en mai 2007 à 3804 en décembre 2010, en passant par un plus bas à 2702 en février 2009 ! Source ici. Il faut vraiment être un expert pour profiter des hausses éphémères au moment où elles se produisent, et dégager ainsi malgré tout des profits !...

Alors, vraiment, qu'on cesse de nous seriner avec cette démagogie qui tend à nous faire prendre les actionnaires pour des salauds et les salariés pour des victimes ! Ce n'est certainement pas avec des incantations de cette sorte qu'on améliorera les choses et qu'on fera tourner une économie créatrice d'emplois et de bien être. C'est de plus en plus insupportable à la fin...

lundi 3 janvier 2011

Meilleurs voeux

Je vais sacrifier à la tradition, et bien que ce "marronnier" respire l'hypocrisie dans la bouche de beaucoup, je présente, très sincèrement au contraire, à tous mes lecteurs et aux autres d'ailleurs, tous mes voeux pour cette nouvelle année qui commence.

Cette tradition des voeux est une réminiscence des "saturnales" romaines, ces jours de fête à la fin de décembre où les esclaves étaient temporairement libérés, et où il était de tradition de s'offrir des cadeaux.

Je trouve assez symbolique que plus de deux mille ans plus tard, l'on se souhaite ainsi toujours d'être "libérés", même si ce mot n'a pas le même sens pour tout le monde : libérés des soucis, libérés des contraintes économiques pour certains, libérés de la maladie pour d'autres, voire encore libérés d'une "mauvaise passe" dans l'année qui s'achève... "Meilleurs voeux" signifie de fait "Je te souhaite tout ce à quoi tu aspires", tout comme l'esclave de la Rome antique aspirait à la liberté.

Quant à moi, je ne voudrais pas me limiter à souhaiter à la cantonade la réalisation de toutes les aspirations de chacun : je voudrais de surcroît souhaiter à mes concitoyens leur libération, c'est à dire littéralement le retour à leur liberté, quelque chose qui ne figure pas nécessairement au chapitre de leurs souhaits tant beaucoup d'entre eux n'ont pas la pleine conscience de leurs chaînes...

Beaucoup me diront en effet que l'on a la chance de vivre dans un pays libre, et que par conséquent ce voeu semble bien inutile. C'est oublier trop vite ce qu'être libre veut dire.

Nous vivons dans une organisation sociale devenue très complexe et où, avec des intentions le plus souvent louables, le législateur a d'année en année confié à la puissance publique le soin de materner le citoyen, de l'infantiliser en tissant autour de lui un cocon soi-disant protecteur qui lui a ôté peu à peu, avec sa liberté de mouvement, jusqu'à ses comportements naturels. L'homo socialis moderne évolue dans un magma inextricable de réglementations de toutes sortes, de prestations publiques diverses et variées, et des lourdes taxations qui vont avec.

Et le pire, c'est que cet état de fait, après une évolution lente qui ne lui a pas permis de prendre conscience du danger, lui paraît aujourd'hui naturelle. Au point que l'iconoclaste qui évoque le retour au respect de sa personalité humaine, au respect de sa propre liberté économique et de sa liberté de décision, que cet iconoclaste que je suis volontiers, lui apparaît souvent comme un ennemi dangereux.

Et pourtant, toutes ces "protections sociales" qui sont devenues des évidences, ne sont en fait que des mirages illusoires qui sapent l'économie et qui fabriquent de la pauvreté, qui déresponsabilisent l'individu et le soumettent pieds et poings liés au bon vouloir d'un Etat-Providence qui n'a forcément plus moyens de ses ambitions. Car la spirale est infernale des aides coûteuses qui ne servent qu'à entretenir la démission individuelle, et du déficit d'impôt que cette même démission engendre...

Les prélèvements obligatoires très largement exagérés que nous subissons amputent lourdement les capacités d'investissement des employeurs comme les revenus des travailleurs. Ils asphyxient l'économie et génèrent mécaniquement plus de besoin qu'ils ne sont capables d'en satisfaire. S'ils étaient laissés à disposition des acteurs économiques, ce sont les allocations qu'ils ne parviennent plus à financer qui n'auraient rapidement plus de raisons d'être. Encore faudrait-il avoir assez de bon sens pour le comprendre, de courage pour le dire, et de sens des responsabilités pour le mettre en oeuvre.

Plus l'état veut protéger et plus il met en danger. Plus il promet et moins il peut tenir. Plus le citoyen s'en remet à lui et plus il sombre dans la dépendance. C'est la spirale infernale dans laquelle nous sommes entrés lentement, et dont on ne pourra sans doute sortir que brutalement. Et avec souffrance...

Alors en ce début d'année, mon principal voeu pour mes concitoyens, c'est qu'ils se rendent compte enfin du danger, et qu'ils cessent de toujours demander plus à la collectivité et moins à eux-mêmes, qu'ils comprennent enfin qu'ils sont des hommes adultes et libres, c'est à dire responsables, et qu'il leur appartient de se prendre en charge. Ca signifie un changement radical de politique, et dans un état démocratique comme le nôtre, ils sont les seuls à pouvoir le provoquer.

Je sais bien que c'est 2012 surtout qui leur premettra de le décider, en choisissant leurs élus dans le camp de ceux qui les respectent et non dans celui des constructivistes acharnés. Ce que je leur souhaite, c'est que 2011 soit le temps de leur prise de conscience.

On peut toujours rêver...

lundi 29 novembre 2010

Petit cours déprimant d'économie politique

Tout le monde a en tête le grave problème qu'a rencontré la Grèce il y a quelques mois, et tout le monde vient également de suivre les péripéties du problème non moins grave qui s'est posé à l'Irlande, et dont la "solution" nous a été présentée ce week-end, si l'on peut appeler comme ça le compromis que viennent de mettre sur pied les ministres des finances de la zone euro.

Et ce n'est pas tout ! On s'attend (sans doute dans les jours qui viennent), à un coup de semonce à l'égard de l'Espagne et du Portugal. Suivra sans doute l'Italie, et je suis de ceux qui considèrent, contre l'avis officiel de Christine Lagarde et François Baroin, que la France sera directement concernée à plus ou moins brève échéance.

A terme, c'est toute la zone euro qui est ou sera ébranlée par la perte de confiance des marchés. Mais le problème n'est cependant pas circonscrit à cette seule zone euro. En outre, il n'est pas conjoncturel, comme on voudrait nous le faire croire, mais bien structurel.

Je ne suis pas économiste, et ce n'est donc pas l'avis d'un spécialiste de la finance que je vais tenter de donner, mais tout simplement l'avis de quelqu'un qui ne fait que regarder (et subir) le comportement de la plupart des états sur cette planète. Tout au moins des états qui se veulent encore riches, qui ne le sont plus vraiment (voire plus du tout), qui ne veulent pas le reconnaître, qui "font comme si" avec arrogance et irresponsabilité, et dont le comportement est la cause profonde de la crise financière, et accessoirement (!...) de l'appauvrissement des populations.

Une partie du spectre politique, en France et ailleurs, fustige bruyamment le fait que les marchés financiers "feraient la loi", et que les banques seraient la cause de tous nos malheurs.

A première vue, il est vrai, et pour qui ne connait pas (ou ne veut pas connaitre) le fonctionnement de l'économie, il peut paraître a priori étonnant que des états souverains, et possiblement de grands états, réputés détenteurs du vrai pouvoir, se retrouvent à la merci d'organismes politiquement bien moins puissants. A première vue seulement !

Très schématiquement, et pour faire ultra-simple, l'économie fonctionne comme un système de vases communiquants :
  • L'ensemble des travailleurs (je n'ai pas dit les salariés : il s'agit de tous ceux qui travaillent) produisent des richesses
  • Le fruit des richesses produites (les bénéfices réalisés) est réparti entre
    • Les salariés en rémunération du travail fourni
    • Les propriétaires des entreprises (actionnaires ou entrepreneurs individuels) en rémunération du capital immobilisé, et pour investir, c'est à dire pour renouveler ou développer l'outil de production
    • Les organismes de sécurité sociale pour payer les soins, les retraites et les aides sociales
    • L'état pour financer les services publics
  • Chacun de ces bénéficiaires remet tout ou partie de ce qu'il a reçu dans le circuit économique pour se procurer des biens et des services
  • Ce qui nous ramène au premier point (création de nouvelles richesses)
Ce cercle vertueux fonctionne à deux conditions essentielles :
  • Les richesses produites sont suffisantes pour satisfaire les besoins 
  • On ne tente pas de répartir plus que le total des richesses produites
Dans le monde où nous vivons, et dans un grand nombre de pays, il s'avère que ni l'une ni l'autre de ces deux conditions ne sont réunies. En particulier les états, pour des raisons de clientélisme essentiellement, entretiennent des dépenses publiques assez largement supérieures à la part de la production de richesses qui leur revient, à la fois pour les dépenses sociales et pour les services publiques. Et pour combler cette différence (le déficit budgétaire), ils doivent emprunter.

Mais pour emprunter, il faut trouver un prêteur ! Qui prête aux états ? Essentiellement des banques et des organismes financiers. Encore faut-il que ces banques et ces organismes soient sûrs d'être remboursés, et d'être rémunérés. C'est à dire qu'ils aient confiance dans les capacités de l'état à faire face à ses obligations. Et c'est bien là que le bât blesse ! Quand un état se retrouve endetté à un point qui risque de le mettre dans l'impossibilité de rembourser ses créanciers, plus personne ne veut lui prêter. Ou alors à des taux d'intérêt très élevés. C'est ce qui est arrivé à la Grèce cet été, puis à l'Irlande hier, à l'Espagne et au Portugal sans doute demain, à la France peut-être après-demain !

Mais le plus grave n'est pas là : il y a pire encore. Tous ces emprunts que font les états, sont ce qu'on appelle des emprunts "in fine", c'est à dire que l'emprunteur ne paie, durant toute la durée du prêt, que les intérêts de sa dette. Le capital, lui, est sensé être remboursé en une seule fois, à la fin. Comme la situation de l'état ne s'est pas améliorée entre temps (au contraire), il est dans l'impossibilité de rembourser le moment venu, et est donc contraint de faire un nouvel emprunt pour rembourser le précédent ! Si, à ce moment, il ne trouve pas de prêteur, c'est là ce qu'on appelle faire faillite : les établissements financiers prêteurs ne peuvent rentrer dans leurs fonds. Comme ce sont des sommes très importantes, une telle situation (qui ne s'est encore heureusement jamais produite) entrainerait presque immanquablement la faillite de ces banques, et par ricochet celle de leurs clients. C'est une telle catastrophe financière que les instances internationales tentent d'éviter, qu'il s'agisse de l'Eurogroupe ou du FMI par exemple.

Mais pour éviter d'en arriver là, force est de constater que ce ne sont pas les politiques les plus pertinentes qui sont mises en œuvre. Hier à Bruxelles, par exemple, les ministres des finances de la zone euro sont parvenus à un accord qu'on nous présente comme une bonne chose, et qui équivaut cependant à vouloir éteindre un incendie avec un bidon d'essence ! L'Europe vient de s'accorder sur la constitution d'un "Fonds d'aide permanent", financé en partie par les banques. Autrement dit, non seulement pour financer la dette des états membres, l'Europe a décidé de s'endetter elle-même, mais encore a-t-elle décidé de faire en sorte qu'une partie de cette dette soit à la charge des créanciers eux-mêmes ! Assez génial, ne trouvez-vous pas ?

Une autre solution a été mise en oeuvre récemment, qui n'est pas plus pertinente : faire racheter par la BCE certaine dettes publiques. En clair, c'est faire tourner la planche à billets, et payer les créanciers avec cette "monnaie de singe" ! Le procédé n'est pas nouveau. Il a déjà été largement utilisé outre Atlantique. La conséquence mécanique est une inflation galopante, c'est à dire le contraire de la solution au problème posé...

La vraie solution, la seule valable, consisterait au contraire à s'attaquer aux causes au lieu de "rafistoler" des finances publiques calamiteuses. La vraie solution, la seule valable, serait de s'attaquer aux déficits, c'est à dire de cesser enfin de dépenser plus que ce qu'on gagne !

C'est vrai pour le particulier qui devra bien un jour admettre que l'état n'est pas là pour prendre en charge le surplus de ses dépenses qui n'est pas couvert par ses revenus.

C'est vrai aussi pour l'état qui devra bien un jour lui aussi cesser de distribuer des subsides qu'il n'a pas, des richesses qui ne sont pas produites, pour acheter les votes de ces électeurs que l'on entretient dans l'illusion d'une richesse artificielle et fallacieuse, au point qu'ils sont aujourd'hui persuadés qu'il suffit de demander pour obtenir, de descendre dans la rue pour préserver ses privilège, voire pour en obtenir de nouveaux, et au point que la moindre mesure restrictive par rapport à un acquis indu, fût-elle ridiculement insuffisante, est ressentie comme une violation d'un droit naturel.

Ce ne sont pas les citoyens qui sont critiquables, mais bien les dirigeants qui n'ont pas su, et qui ne savent toujours pas, parler le discours de la vérité, comme s'ils avaient affaire à des imbéciles. Les citoyens sont capables de comprendre à condition qu'on cesse de leur dire des sornettes. Peut-être seront-ils en colère. Peut-être ne voteront-ils pas la prochaine fois pour ceux qui les ont menés en bateau. Peut-être vivront-ils des moments difficiles le temps de redresser la barre. Mais au moins évitera-t-on un naufrage inéluctable si l'on continue sur la même lancée. Le réveil sera sans doute difficile, mais l'avenir sera-t-il enfin moins noir et l'espoir sera-t-il enfin crédible.

Mais là, je me surprends à rêver tout haut ! Quel est l'homme politique suffisamment honnête pour dire ces vérités aux citoyens ? J'ai beau chercher, je n'en vois aucun. Et c'est tout à fait déprimant...

samedi 27 novembre 2010

De l'extrême-droite et de la démocratie

En réaction à une information diffusée par mail au sujet d'une demande faite à la mairie de Paris par une association maghrébine, demande dont le sujet n'a pas d'intérêt ici mais qui irritait à juste titre l'auteur du mail en question, j'ai eu l'imprudence d'ajouter le titre "Quand est-ce que ça va déborder ?".

L'un de mes amis à qui j'avais retransmis la chose m'a répondu en ces termes : "Quand les gens en auront assez de notre démocratie à 2 balles, et qu’ils jugeront qu’il vaut mieux voter pour l’extrême droite."

J'ai trouvé intéressant de faire paraître ici ma réponse, qui est la suivante :

Il y a deux lectures possibles de ce qu'écrit mon ami.

Première lecture
« La démocratie est un système à deux balles, et il faut voter à l’extrême droite qui nous en débarrassera »

Je ne suivrai JAMAIS personne sur ce terrain.

L’Histoire nous a démontré ce que sont les régimes non-démocratiques, qu’ils soient « de droite » ou « de gauche ».
L’extrême-droite au pouvoir, ce furent entre autres Hitler, Mussolini, Franco, Salazar, Pinochet…
Le marxisme, à l’opposé, ce furent aussi Staline, Mao, Tito, Jaruzelski, Ceausescu et beaucoup d’autres…
Il existe encore de nos jours pas mal de dictatures toutes aussi haïssables, voire sanglantes.
Toutes ces dictatures se sont singularisées par l’oppression, la répression, les crimes politiques, les déportations, la corruption, l’asservissement des peuples.
« La démocratie est le pire des systèmes. On n’en a pas trouvé de meilleur. » Ce mot célèbre de Winston Churchill, je le fais mien à 100 %. La démocratie, avec tous ses défauts, est le seul régime qui permette au peuple de décider souverainement de son sort. Le suffrage universel est le seul rempart contre la pérennisation de l’oppression, et la séparation des pouvoirs législatif d’une part, exécutif d’autre part, et judiciaire enfin, qui est le principal pilier des régimes démocratiques, n’est absolument pas négociable.
Prôner un système non-démocratique, c’est remettre le sort des citoyens entre les mains d’un seul homme, ou d’une caste, qui gouvernera immanquablement, un jour et l’autre et sans possibilité de retour, à son propre profit et au mépris de la Nation.
Mon refus d’une telle éventualité est sans appel…

Deuxième lecture
« Nous vivons sous le régime d’une démocratie molle (« à deux balles »), et il faut voter à l’extrême droite qui restaurera un pouvoir exécutif fort »

Cette lecture est déjà plus acceptable. Sous certaines réserves que je vais énoncer.

Les institutions de la Vème République comportent ce pouvoir exécutif fort, que j’appelle moi aussi de tous mes vœux, mais que personne depuis le départ du général De Gaulle n’a vraiment exercé dans ce pays.
En particulier, l’élection du Président de la République au suffrage universel lui confère une légitimité incontestable qui lui permettrait d’agir avec les coudées franches. De plus, la récente réforme du quinquennat, avec l’inversion du calendrier électoral, renforce considérablement cet état de fait : le Président est d’abord élu par les Français pour cinq ans, puis dans la foulée, les députés sont élus pour la même durée par les mêmes électeurs. Il y a assez peu de chances dans ces conditions pour que la majorité parlementaire, au moins en ce qui concerne la Chambre des Députés, soit hostile au Président.
On est même dans une configuration plus forte, de ce point de vue, que les Etats-Unis (réputés avoir le système le plus « présidentiel » de toutes les démocraties sur la planète), puisque là-bas les élections de « mid term », à mi-mandat du Président, peuvent inverser la majorité à la Chambre des Représentants, ce qui vient d’arriver à Obama et qui est impossible en France.

Mais les institutions ne sont pas une garantie absolue du bon fonctionnement de l’Etat, ni encore moins d’une politique conforme aux intérêts, ni du pays, ni de la Nation dans son ensemble, ni des citoyens individuellement. Il faut pour cela, d’abord que les citoyens dont nous parlons élisent des personnages (Président, Députés, Sénateurs, élus locaux) qui se proposent de mettre en œuvre les bonnes politiques. Là, c’est le choix de chacun, et on a les dirigeants que l’on mérite. Mais il faut ensuite que ces élus mettent effectivement en œuvre les idées qu’ils ont défendu pour se faire élire. Et là, c’est une autre paire de manches : beaucoup d’entre eux pensent plus à leur future réélection qu’à l’intérêt de l’ensemble des citoyens… C’est pour cette raison que je penche de plus en plus pour l’idée d’un mandat unique dans le temps, ce qui aurait pour effet d’éradiquer l’électoralisme paralysant qui est la marque de nos dirigeants ! Cependant, ça aurait des effet pervers : d’une part la sanction du suffrage universel ne s’appliquerait plus qu’aux partis (ou aux tendances) et non plus aux élus eux-mêmes, et d’autre part on se priverait éventuellement de la compétence et de la bonne gestion de tel ou tel personnage politique qui n’aurait éventuellement pas son équivalent pour le remplacer à un instant T. Ce fut le cas pour le maire de Londres il y a quelques années, et beaucoup de Londoniens ont dit le regretter. Mais à mon sens ce ne sont là, malgré tout, que moindres maux, et le carriérisme politique est de mon point de vue l’une des causes de l’immobilisme de nos hommes politiques.

En résumé, il faut donc trouver un système démocratique, c'est-à-dire dans lequel c’est l’électeur qui choisit ses responsables politiques (et donc, indirectement au moins, les grandes lignes de la politique suivie par eux), et dans lequel les mêmes élus ne concentrent pas les trois pouvoirs fondamentaux. La séparation des pouvoirs est, je le répète encore une fois, indispensable pour préserver un minimum de liberté individuelle.

Dans ce cadre-là, et comme je l’ai dit nos institutions actuelles y répondent à peu près, il semblerait à première vue que voter pour l’extrême droite, c'est-à-dire pour le FN, c'est-à-dire pour la présidentielle voter pour Marine Le Pen, ne soit pas absolument ridicule. A première vue seulement, car on sait ce que sont les promesses électorales quel que soit le bord politique de celui qui les fait, et on sait également par expérience historique quel est le comportement de l’extrême-droite quand elle parvient au pouvoir. Rappelons-nous qu’Hitler s’est fait élire sur la base d’un programme officiellement socialiste ! (« National-sozialist arbeiter parteit » signifie littéralement « parti national-socialiste des travailleurs ». On sait ce que cette dénomination cachait…)

En résumé, je suis pour un pouvoir exécutif fort, soumis au contrôle d’un pouvoir législatif indépendant mais dont les orientations politiques ne soient pas en contradiction avec celles du pouvoir exécutif, et pour un pouvoir judiciaire tout aussi indépendant mais encadré de très près par une législation qui ne lui laisse pas le loisir de contrecarrer la ligne politique des élus de la Nation. Je m’interroge d’ailleurs depuis longtemps sur l’opportunité de soumettre la nomination des juges au vote des Français. Je n’ai pas encore tranché sur le sujet, car le système américain, où l’équivalent de nos juges du siège sont des élus, présente pas mal de dysfonctionnements liés à l’orientation politique de ces magistrats.

Sans aller jusque là, donc, les institutions actuelles permettraient, presque sans modifications, d’en arriver à une gouvernance de qualité et à une action politique réellement volontariste. Le vrai problème ne réside pas dans les institutions, mais dans ce qu’on en fait. Le simple fait d’instaurer des règles qui supprimeraient la « politique du bulletin de vote » (le mandat unique par exemple, dont je parlais plus haut) nous ferait déjà faire des progrès significatifs. Et ceci sans supporter les aléas de porter au pouvoir une extrême-droite qui présente des risques, si ce ne sont pas des probabilités, d’exercice dictatorial du pouvoir. Sans parler de ses options assez catastrophiques en matière de politique étrangère et monétaire, ni de sa propension à inciter au racisme et à la xénophobie.

En tout état de cause, la priorité des priorités est de conserver un régime démocratique, avec ses imperfections sans doute mais avec les libertés fondamentales qu’il garantit. Les réglages fins ne viennent qu’après, en termes de choix des individus et des procédures propres à mener la meilleure politique pour le pays et pour les citoyens. Et certaines options qui se parent des atours de la démocratie mais qui n’en offrent pas les garanties, relèvent de la roulette russe. Je ne me risquerai pas, quant à moi, à prendre ce risque-là.

vendredi 5 novembre 2010

Un déficit de "bravitude"

Je n'ai pas l'habitude de publier ici des textes qui ne sont pas de moi. C'est pourtant ce que je vais faire aujourd'hui.

J'ai reçu ce texte dans le flot de courriels que je lis chaque jour, et dont malheureusement la plupart n'ont que peu d'importance, voire même de sens. Mais celui-là, j'aurais pu l'écrire moi-même tant il reflète ce que je crois. Et je suis, je dois le reconnaître, bien aise qu'un universitaire tel que François Kersaudy exprime avec tant de bon sens ce que je ressens depuis des semaines au sujet de la gabegie que nous vivons, sous la houlette malfaisante de ce contrepouvoir irresponsable que sont les centrales syndicales, à qui on a grand tort de faire crédit des poursuites dont elles sont, elles comme leurs ouailles, passibles au regard du Droit. De ce Droit que même ceux qui ont pour mission de le mettre en œuvre bafouent sans vergogne à longueur "mouvements sociaux" qui sont autant d'insultes à la liberté, notamment du travail.

Voici ce texte, que François Kersaudy a intitulé "Un déficit de bravitude". Lisez-le jusqu'au bout avec attention. Chaque mot a son importance. Et la conclusion est sans appel. Il n'y a plus qu'à espérer que l'avenir la démentira...
« Cette crise finira-t-elle ? », se demandent avec angoisse les Français.
Bien sûr ! Et même très exactement comme les cinquante-deux précédentes : on accordera quelques privilèges supplémentaires aux catégories à fort pouvoir de nuisance, on bradera les examens pour que les étudiants rentrent dans les facs, on calmera les casseurs à coups de subventions, on rendra hommage au sens de responsabilité des syndicats qui s’en iront préparer les prochaines grèves, le fret ferroviaire et les ports achèveront d’expirer, deux mille entreprises mettront encore la clé sous la porte et il y aura vingt mille chômeurs de plus. Bref, rien de bien
neuf pour ceux qui ont vu rejouer tant de fois cette mauvaise comédie depuis quarante-cinq ans.
Tout cela ne justifierait pas un article, si l’on n’expliquait de surcroît les cinq raisons pour lesquelles la France ne s’en sortira pas :
– Aucun président, ministre ou parlementaire depuis des lustres n’est
capable d’annoncer à la France – dans les yeux, comme le général de Gaulle – que le pouvoir n’appartient ni à la rue, ni aux syndicats marxistes, anarchistes ou suivistes, ni aux étudiants et lycéens manipulés, ni à l’opposition pressée de revenir au pouvoir : qu’une démocratie, c’est un exécutif élu qui gouverne, un Parlement élu qui vote des lois, et que les tentatives d’intimidation contre ces deux instances par la force et leblocage sont non seulement illégales, mais encore relèvent du fascisme, au sens original du terme : celui de la marche sur Rome pour effrayer les
autorités italiennes en 1922.

– Nos dirigeants étant apparemment candidats à la canonisation, ils n’osent pas même employer à bon escient ce mot de fascisme, que le PC, l’extrême-gauche et le PS emploient à mauvais escient depuis cinquante ans. Ils n’osent pas davantage énoncer cette évidence que l’égalitarisme forcené et le justicialisme outrancier sont des utopies qui mènent droit à la ruine ou au goulag.

– Le pouvoir syndical d’une infime minorité, avec un fort noyau trotskiste, profite pleinement de la crédulité des Français qui pensent encore que le code du travail permet non seulement de manifester et de cesser le travail, mais aussi d’intimider, de casser, de brûler et de paralyser le pays pour provoquer l’abstention ou la démission des autorités légales. En Grande-Bretagne, qui n’est pas exactement un pays totalitaire, de tels comportements sont passibles de longs mois de prison. Or, aucun responsable politique français n’aura jamais le courage de proposer une réplique de la législation britannique, ou même l’application des lois françaises.

– Ce manque de courage se double d’un déficit manifeste de pédagogie : en leur temps, Pompidou, Barre, Delors ou Rocard auraient exposé clairement aux Français le coût économique de chaque jour de grève, dans un Etat-providence qui vit très au-dessus de ses moyens et accueille toute la misère du monde, face à des pays où l’on travaille dur, longtemps et sans l’agitation corrosive de la lutte des classes. Ils auraient également expliqué en quoi le blocage de l’économie affectera durablement chaque Français, dans son travail, sa retraite ou ses indemnités de chômage, sans fournir la moindre réponse à l’accumulation des grognes individuelles.Mais c’est ainsi : la pédagogie a disparu en même temps que le courage.

– Les élections de 2012 n’y changeront absolument rien, puisqu’un gouvernement socialiste – à supposer qu’il règle ses querelles internes – devra, lui aussi, faire face aux grèves et aux blocages des syndicats marxistes, anarchistes et suivistes de la fonction publique, qui dénonceront avec force les réformes et les non-réformes des « sociaux-traîtres », forcément injustes et antisociales. Rien de neuf, là non plus : dans un petit livre écrit en 2000, Claude Allègre se demandait déjà s’il était bien normal qu’une syndicaliste communiste puisse lancer aux frais du contribuable une campagne pour exiger – et obtenir – la démission d’un ministre socialiste… La réponse est oui, c’est parfaitement normal, car la France, comme disait un universitaire japonais, est devenue un rêve d’anarchiste. A moins de s’éveiller en sursaut, elle ne s’en relèvera pas.
François Kersaudy est professeur à l’Université de Paris I, et auteur du livre
Winston Churchill, le Pouvoir de l’Imagination, éditions Tallandier, 2009.