Les Anciens avaient inventé la Démocratie
Les Modernes y ont ajouté la Liberté
Nous sommes responsables des deux...

Affirmons nos libertés !

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samedi 5 novembre 2011

Dêmos Kratos

"La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par (et pour) le peuple". "La démocratie, c'est le contraire de la dictature". Cette image de la démocratie, c'est celle qu'on nous a vendue depuis 1789, que même Napoléon, l'ignoble despote que certains nous décrivent, mais en réalité le premier Européen moderne, que même Napoléon donc a vendue au reste du continent, voire au-delà...

La démocratie, dans la tête des gens, c'est la liberté, le bien-être, autrement dit le bonheur...

Mais cette image idyllique n'est qu'une image. La démocratie, c'est avant tout un système politique qui privilégie ce que pensent et ce que veulent les citoyens par rapport à ce que pensent et ce que croient bon leurs dirigeants ; bon pour le pays et donc pour les citoyens eux-mêmes. Et ce n'est pas forcément la même chose...

A l'issue de la deuxième guerre mondiale, quelques visionnaires ont imaginé une construction politique à l'échelle du continent européen de nature, pensaient-ils, à faire taire les antagonismes meurtriers vieux de plusieurs siècles, à ramener la paix et donc la prospérité. Ils s'appelaient Jean Monnet, Robert Schumann, Conrad Adenauer, Alcide de Gasperi... Ils ont réussi ... partiellement !

Si leur idée, qui a accouché péniblement en plusieurs décennies de ce que nous appelons aujourd'hui l'Union Européenne, a bel et bien assuré la paix sur le vieux continent, et même dans tout l'Occident, force est de constater que le satisfecit est beaucoup moins évident s'agissant de la prospérité des peuples. Même s'il est absolument indéniable que, globalement, le niveau de vie des Européens du 21ème siècle est sans commune mesure avec celui de leurs aînés. Mais personne ne peut dire ce que serait ce niveau de vie sans les institutions communautaires, ni même il faut bien le dire dans une Europe non démocratique comme celle à laquelle on pouvait malheureusement s'attendre en restant sur le statu quo de l'armistice de 1945...

C'est que démocratie ne signifie pas automatiquement prospérité !

En outre, la construction progressive de l'Union Européenne ne s'est pas faite de manière démocratique, c'est le moins qu'on puisse dire. Et même, lorsque les dirigeants européens ont voulu impliquer leurs peuples dans l'élaboration d'une Europe politiquement unie, ils ont essuyé un refus et le processus a été bloqué pendant de longs mois... L'Union Européenne ne doit sa survie, et ce qu'elle est aujourd'hui, qu'à ce que certains ont taxé sans qu'on puisse décemment leur jeter la pierre de "déni de démocratie", puisque le traité de Lisbonne, entériné après le "non" au référendum sur le projet de traité constitutionnel, a repris la plupart des dispositions de de ce même projet ! Les dirigeants ont donc signé un traité dont les aspects les plus importants avaient été rejetés par les peuples de deux des pays membres. Ces deux pays-là (la France et les Pays Bas) ne représentent pas, et de loin, la majorité des citoyens d'Europe, mais c'est là une bien maigre consolation pour les inconditionnels de la démocratie...

Mais j'ai déjà pris position sur le sujet : la construction d'une entité démocratique ne doit pas nécessairement s'élaborer de manière démocratique ! Si on avait fait un référendum en 1945 pour demander si on devait créer la CECA (l'embryon originel de notre Union actuelle), il y a fort à parier que le "non" l'aurait emporté largement, tant les antagonismes patriotiques étaient exacerbés par trois conflits armés majeurs en moins d'un siècle. C'est pourtant cela qui nous a garanti la paix pendant plus de 60 ans...

Comprenons-nous bien : je suis viscéralement un indécrotable démocrate. Mais je ne suis pas un rêveur, et je sais parfaitement que le peuple, tout souverain qu'il est, n'a pas la science infuse, et n'est pas automatiquement capable de prendre les bonnes décisions. C'est toute la raison d'être de la démocratie représentative, et tout le fondement de mon opposition à toute forme de démocratie directe au long cours. Le peuple élit pour une durée déterminée ses représentants, et ces représentants gouvernent en son nom pendant toute la durée de leur mandat, sans que leurs prérogatives ne puissent être remises en cause. Sauf en cas de manquement particulièrement grave à leurs obligations ou à l'honnêteté, mais ces cas et ces manquements devant être explicitement prévus par la Loi fondamentale. C'est ce qui garantit que la politique menée ne soit pas soumise à des soubressauts et à des revirements inopinés au gré des humeurs de chacun. La bonne gestion du pays, et la défense opiniâtre des intérêts des citoyens, a besoin de constance et de sérénité. Cela exclue que les citoyens puissent intervenir directement à tout moment dans la gestion des affaires pour en changer le cours au gré de leurs intérêts immédiats ou de leurs humeurs. C'est en ce sens également que je fustige les "marches à reculons" de nos dirigeants au moindre mouvement de rue ou au moindre sondage défavorable. Certains appellent ça la démocratie participative. J'appelle ça un désordre institutionnel. Et c'est tout bonnement indamissible. Démocratie ne signifie pas désordre ni anarchie.

Il y a un point sur lequel mon raisonnement achoppe, et c'est le référendum. C'est la raison qui m'a fait prendre la plume aujourd'hui. Car un fait saisissant vient de se produire qui le met en cause. Le premir ministre grec, après s'être vu arracher un accord sur l'application d'un Nième plan d'aide de l'Union Européenne et du FMI, a presque aussitôt décidé de renier sa signature, et de d'abord soumettre cet accord au peuple grec par référendum ! Stuppeur parmi les dirigeants européens, et sur les marchés financiers, tout le monde étant convaincu que les citoyens grecs allaient dire "non", plongeant non seulement leur pays mais l'ensemble de l'Europe dans un chaos indescriptible.

Voilà bien l'exemple type d'une décision incontournable dans l'intérêt évident du pays, mais impopulaire au point que le peuple lui-même ne peut que la refuser. Les finances de la Grèce sont dans un état calamiteux avant tout par la faute de ses dirigeants depuis plusieurs décennies, certes. Les citoyents grecs ne se sentent donc aucunement responsables de cette situation (ce qui reste partiellement faux). Mais les tentatives de rétablissement des comptes de la nation passent inévitablement par des mesures économiques douloureuses pour eux. Il faut redresser la barre par une gestion extrêmement rigoureuse, afin de rendre aux seuls investisseurs capables de renflouer le pays la confiance nécessaire à cette intervention. Mais redresser la barre signifie cesser de jeter l'argent par les fenêtres, cesser de dépenser plus que l'on ne reçoit, faire en sorte que les débiteurs paient leur dû, cesser de distribuer des aides sociales dont on n'a aucunement les moyens matériels, autant de décisions drastiques de nature à faire hurler la majorité des citoyens. Il est absolument évident qui si vous demandez à ces mêmes citoyens leur accord sur les dites mesures, vous obtiendrez à coup sûr un refus catégorique !

Et pourtant, ces mesures sont la seule solution pour éviter la faillite du pays, ce qui serait éminemment plus douloureux encore pour les citoyens grecs dont nous parlons, dans le même temps où cela projetterait, aux dires de nombre de spécialistes, tout le reste de la zone euro dans d'insondables difficultés.

Il ne fallait donc à aucun prix organiser ce référendum, même si à première vue une telle consultation paraissait légitime au nom de la démocratie...

De fait et sur l'insitance de la "communauté internationale", Georges Papandréou a fait marche arrière et ce référendum n'aura pas lieu. Son parlement lui a voté la confiance du bout des lèvres, et selon toute vraissemblance un gouvernement "d'union nationale" (qu'il ne présidera peut-être pas) se chargera de mettre en oeuvre les mesures d'accompagnement, si impopulaires, du plan d'aide international. A entendre les journaleux de service, on a presque envie de dire "tout va bien qui finit bien". Sauf que...

Sauf que rien n'est fini ! Sauf que tout est très loin d'être bien. Sauf que le plan d'aide en question a toutes les chances d'être un beau coup d'épée dans l'eau, et que la Grèce est très loin d'être sortie d'affaires.

Car si un "non" à un éventuel référendum aurait précipité le pays dans une faillite certaine, la mise en oeuvre du plan d'aide ne garantit en rien que cette faillite ne survienne pas malgré tout. Ca, c'est l'avenir qui nous le dira, et ce n'est pas mon propos d'aujourd'hui...

Une pratique exagérée et inappropriée d'une certaine idée de la démocratie directe a failli provoquer une catastrophe. La sagesse des élus, pas seulement grecs, a évité cette erreur fatale. Il reste à espérer que la démocratie représentative qui a su s'imposer saura également prendre les bonnes décisions, afin que non seulement la Grèce ne sombre pas, mais qu'également elle n'entraîne pas dans son sillage ses voisins immédiats, et particulièrement ceux qui ont commis des erreurs moins graves en intensité mais tout aussi condamnables par leur nature.

Entre la Grèce et la France, pour ne parler que d'elle, il existe une différence de degré, pas une différence de fond. Les mêmes erreurs produisent forcément les mêmes effets. Et la seule démocratie ne suffira pas à nous en exonérer...

mercredi 9 février 2011

Le choeur des vierges effarouchées.

"Il n'y a que la vérité qui blesse". C'est l'adage enfantin (et donc évident de sagesse) que ne veulent plus entendre aujourd'hui ni ceux qui se sentent morveux et qui n'en finissent pas de se moucher, ni ceux qui s'indignent sincèrement de ce qu'ils prennent pour un affront, sans même s'apercevoir que le ressentir comme tel est déjà un aveu en soi...

Car quel est le noeud du problème ? Un haut dirigeant de l'exécutif (il faut parler ainsi, puisque le respect dû à la fonction de Président de République n'a désormais plus aucun cours, et que ledit Président n'est plus à ce jour ressenti que comme le chef du clan majoritaire, tout comme dans la plus banale des républiques bananières), un chef de l'exécutif, donc, a fait une réflexion publique sur le fonctionnement de l'institution judiciaire, ce qui déplait souverainement à ses membres, lesquels entendent le faire savoir avec force fracas...

Pour étayer leur couroux, ces Messieurs du Siège comme leurs homologues du Parquet, tous unis dans une réaction corporatiste univoque, s'effarouchent de ce qu'ils disent ressentir comme une atteinte à leur indépendance garantie par la Constitution. Rien que ça !

Dire que la justice de ce pays a dysfonctionné serait par nature attenter à la séparation des pouvoirs. Critiquer le fait qu'un multirécidiviste élargi avant la fin de sa peine, soit ainsi mis en situation par une coupable erreur de commettre un meurtre barbare sur la personne d'une jeune fille innocente dans des contitions qu'on accepterait difficilement de la part d'une bête sauvage, serait donc un crime de lèse-majesté à l'encontre d'une caste intouchable es-qualité !

Quelle est cette conception de la démocratie dans laquelle il serait interdit à quiconque, fût-ce le Président de la République lui-même, de porter un jugement sur le fonctionnement d'une administration ? Car, n'en déplaise à ces Vierges Effarouchées qui se croient au-dessus des lois qu'ils ont pourtant pour mission d'appliquer, l'institution judiciaire est une administration comme une autre, moins au service d'elle-même qu'au service des citoyens qui la financent, et surtout nullement à l'abri de tout contrôle. Indépendance ne signifie pas impunité, et si la séparation des pouvoirs est un pilier essentiel de la démocratie, elle ne dédouanne les juges, ni d'une obligation de résultat, ni de sanctions disciplinaires, voire pénales, en cas de manquement à cette obligation.

Dans l'affaire qui nous occupe, le Président n'a fait que se mettre du côté de la victime et de ses proches, et exprimer ce que ressentent la majorité des Français devant la recrudescence alarmante de crimes commis par des repris de justice élargis avant la fin de leur peine, quelquefois même contre l'avis des experts. Il est déjà peu admissible que les services de police ne parviennent que petitement à assurer la sécurité des citoyens. Il l'est encore bien davantage que les criminels arrêtés, jugés et condamnés, se retrouvent en situation de récidiver à la suite de remises de peines inconsidérées prononcées par des magistrats routiniers et inconséquents. L'opinion publique le comprend de moins en moins, et il est heureux que certains responsables politiques s'en émeuvent enfin, même si, il faut en être conscient, cette émotion est plus dictée par un souci électoraliste que par la réelle volonté politique de remédier à de telles situations...

Il est tout à fait évident, pour tout le monde sauf pour semble-t-il l'institution judiciaire, que jamais la pauvre Laetitia n'aurait dû se trouver en contact avec son agresseur, lequel aurait dû être encore sous les verrous, comme l'avait décidé un jury d'Assises au nom du peuple français. Au nom du peuple français, une cour d'assises avait envoyé en prison un coupable. Un juge d'application des peines, revêtu de l'autorité souveraine que lui confèrent ses fonctions, et selon lui sans contrôle d'aucune sorte, a décidé de rendre partiellement caduque le jugement et d'écourter la peine prononcée. Le criminel ainsi libéré a tué et démembré une pauvre jeune fille innocente. Et voilà qu'on nous assène l'implacable jugement selon lequel il faudrait se taire, accepter l'inacceptable, et ne pas même critiquer le juge qui s'est rendu coupable (j'emploie le mot à dessein) de permettre ce nouveau crime !

Certes, je suis de ceux qui considèrent que le système d'application des peines est beaucoup trop souple, et que notamment les remises de peine quasi automatiques sont un non-sens. Mais elles sont soumises, ces remises de peines, à l'appréciation du Juge, ce qui rend ce dernier totalement responsable de leur prononcé...

NON, messieurs les magistrats, ne jouez pas les vierges effarouchées ! Effarouchés, vous l'êtes, certes ! Car on ose remettre en cause votre impunité et critiquer votre inconséquence. Mais vierges, vous ne l'êtes en aucune façon ! Ni vierges de tout soupçon, ni vierges de tout laxisme, ni surtout vierges de toute faute (là aussi, j'utilise ce mot à dessein).

Qu'on ne fasse pas de vous, certes, de faciles boucs émissaires. Mais qu'on n'hésite pas à vous mettre en cause quand vous êtes criticables. Et ici, vous l'êtes ! Que vous l'admettiez ou non ! Alors, de grâce, ne nous prenez pas pour des imbéciles, et souffrez que les victimes de vos inconséquences vous fassent les reproches que vous méritez ! Et n'interdisez pas (de quel droit ?) à l'Exécutif, qui a en charge la sécurité des citoyens, de critiquer le Judiciaire quand le Judicaire n'applique plus scrupuleusement la Loi. Ce n'est pas violer le principe de séparation des pouvoirs que de le faire. Personne ne prendra de décision judiciaire à votre place, personne ne vous ordonnera aucune de vos prises de décision, mais tout le monde a le droit de dire que ces décisions sont criticables, voire quelquefois inadmissibles. Rappelons-nous aussi Outreau...

Le choeur antique que vous entonnez à l'unisson n'y changera rien. Plus vous vous révolterez contre le jugement de vos concitoyens, et plus vos concitoyens seront confortés dans l'idée qu'ils ont raison de vous critiquer...

"Qui se sent morveux, qu'il se mouche", disait Petitjean !

samedi 27 novembre 2010

De l'extrême-droite et de la démocratie

En réaction à une information diffusée par mail au sujet d'une demande faite à la mairie de Paris par une association maghrébine, demande dont le sujet n'a pas d'intérêt ici mais qui irritait à juste titre l'auteur du mail en question, j'ai eu l'imprudence d'ajouter le titre "Quand est-ce que ça va déborder ?".

L'un de mes amis à qui j'avais retransmis la chose m'a répondu en ces termes : "Quand les gens en auront assez de notre démocratie à 2 balles, et qu’ils jugeront qu’il vaut mieux voter pour l’extrême droite."

J'ai trouvé intéressant de faire paraître ici ma réponse, qui est la suivante :

Il y a deux lectures possibles de ce qu'écrit mon ami.

Première lecture
« La démocratie est un système à deux balles, et il faut voter à l’extrême droite qui nous en débarrassera »

Je ne suivrai JAMAIS personne sur ce terrain.

L’Histoire nous a démontré ce que sont les régimes non-démocratiques, qu’ils soient « de droite » ou « de gauche ».
L’extrême-droite au pouvoir, ce furent entre autres Hitler, Mussolini, Franco, Salazar, Pinochet…
Le marxisme, à l’opposé, ce furent aussi Staline, Mao, Tito, Jaruzelski, Ceausescu et beaucoup d’autres…
Il existe encore de nos jours pas mal de dictatures toutes aussi haïssables, voire sanglantes.
Toutes ces dictatures se sont singularisées par l’oppression, la répression, les crimes politiques, les déportations, la corruption, l’asservissement des peuples.
« La démocratie est le pire des systèmes. On n’en a pas trouvé de meilleur. » Ce mot célèbre de Winston Churchill, je le fais mien à 100 %. La démocratie, avec tous ses défauts, est le seul régime qui permette au peuple de décider souverainement de son sort. Le suffrage universel est le seul rempart contre la pérennisation de l’oppression, et la séparation des pouvoirs législatif d’une part, exécutif d’autre part, et judiciaire enfin, qui est le principal pilier des régimes démocratiques, n’est absolument pas négociable.
Prôner un système non-démocratique, c’est remettre le sort des citoyens entre les mains d’un seul homme, ou d’une caste, qui gouvernera immanquablement, un jour et l’autre et sans possibilité de retour, à son propre profit et au mépris de la Nation.
Mon refus d’une telle éventualité est sans appel…

Deuxième lecture
« Nous vivons sous le régime d’une démocratie molle (« à deux balles »), et il faut voter à l’extrême droite qui restaurera un pouvoir exécutif fort »

Cette lecture est déjà plus acceptable. Sous certaines réserves que je vais énoncer.

Les institutions de la Vème République comportent ce pouvoir exécutif fort, que j’appelle moi aussi de tous mes vœux, mais que personne depuis le départ du général De Gaulle n’a vraiment exercé dans ce pays.
En particulier, l’élection du Président de la République au suffrage universel lui confère une légitimité incontestable qui lui permettrait d’agir avec les coudées franches. De plus, la récente réforme du quinquennat, avec l’inversion du calendrier électoral, renforce considérablement cet état de fait : le Président est d’abord élu par les Français pour cinq ans, puis dans la foulée, les députés sont élus pour la même durée par les mêmes électeurs. Il y a assez peu de chances dans ces conditions pour que la majorité parlementaire, au moins en ce qui concerne la Chambre des Députés, soit hostile au Président.
On est même dans une configuration plus forte, de ce point de vue, que les Etats-Unis (réputés avoir le système le plus « présidentiel » de toutes les démocraties sur la planète), puisque là-bas les élections de « mid term », à mi-mandat du Président, peuvent inverser la majorité à la Chambre des Représentants, ce qui vient d’arriver à Obama et qui est impossible en France.

Mais les institutions ne sont pas une garantie absolue du bon fonctionnement de l’Etat, ni encore moins d’une politique conforme aux intérêts, ni du pays, ni de la Nation dans son ensemble, ni des citoyens individuellement. Il faut pour cela, d’abord que les citoyens dont nous parlons élisent des personnages (Président, Députés, Sénateurs, élus locaux) qui se proposent de mettre en œuvre les bonnes politiques. Là, c’est le choix de chacun, et on a les dirigeants que l’on mérite. Mais il faut ensuite que ces élus mettent effectivement en œuvre les idées qu’ils ont défendu pour se faire élire. Et là, c’est une autre paire de manches : beaucoup d’entre eux pensent plus à leur future réélection qu’à l’intérêt de l’ensemble des citoyens… C’est pour cette raison que je penche de plus en plus pour l’idée d’un mandat unique dans le temps, ce qui aurait pour effet d’éradiquer l’électoralisme paralysant qui est la marque de nos dirigeants ! Cependant, ça aurait des effet pervers : d’une part la sanction du suffrage universel ne s’appliquerait plus qu’aux partis (ou aux tendances) et non plus aux élus eux-mêmes, et d’autre part on se priverait éventuellement de la compétence et de la bonne gestion de tel ou tel personnage politique qui n’aurait éventuellement pas son équivalent pour le remplacer à un instant T. Ce fut le cas pour le maire de Londres il y a quelques années, et beaucoup de Londoniens ont dit le regretter. Mais à mon sens ce ne sont là, malgré tout, que moindres maux, et le carriérisme politique est de mon point de vue l’une des causes de l’immobilisme de nos hommes politiques.

En résumé, il faut donc trouver un système démocratique, c'est-à-dire dans lequel c’est l’électeur qui choisit ses responsables politiques (et donc, indirectement au moins, les grandes lignes de la politique suivie par eux), et dans lequel les mêmes élus ne concentrent pas les trois pouvoirs fondamentaux. La séparation des pouvoirs est, je le répète encore une fois, indispensable pour préserver un minimum de liberté individuelle.

Dans ce cadre-là, et comme je l’ai dit nos institutions actuelles y répondent à peu près, il semblerait à première vue que voter pour l’extrême droite, c'est-à-dire pour le FN, c'est-à-dire pour la présidentielle voter pour Marine Le Pen, ne soit pas absolument ridicule. A première vue seulement, car on sait ce que sont les promesses électorales quel que soit le bord politique de celui qui les fait, et on sait également par expérience historique quel est le comportement de l’extrême-droite quand elle parvient au pouvoir. Rappelons-nous qu’Hitler s’est fait élire sur la base d’un programme officiellement socialiste ! (« National-sozialist arbeiter parteit » signifie littéralement « parti national-socialiste des travailleurs ». On sait ce que cette dénomination cachait…)

En résumé, je suis pour un pouvoir exécutif fort, soumis au contrôle d’un pouvoir législatif indépendant mais dont les orientations politiques ne soient pas en contradiction avec celles du pouvoir exécutif, et pour un pouvoir judiciaire tout aussi indépendant mais encadré de très près par une législation qui ne lui laisse pas le loisir de contrecarrer la ligne politique des élus de la Nation. Je m’interroge d’ailleurs depuis longtemps sur l’opportunité de soumettre la nomination des juges au vote des Français. Je n’ai pas encore tranché sur le sujet, car le système américain, où l’équivalent de nos juges du siège sont des élus, présente pas mal de dysfonctionnements liés à l’orientation politique de ces magistrats.

Sans aller jusque là, donc, les institutions actuelles permettraient, presque sans modifications, d’en arriver à une gouvernance de qualité et à une action politique réellement volontariste. Le vrai problème ne réside pas dans les institutions, mais dans ce qu’on en fait. Le simple fait d’instaurer des règles qui supprimeraient la « politique du bulletin de vote » (le mandat unique par exemple, dont je parlais plus haut) nous ferait déjà faire des progrès significatifs. Et ceci sans supporter les aléas de porter au pouvoir une extrême-droite qui présente des risques, si ce ne sont pas des probabilités, d’exercice dictatorial du pouvoir. Sans parler de ses options assez catastrophiques en matière de politique étrangère et monétaire, ni de sa propension à inciter au racisme et à la xénophobie.

En tout état de cause, la priorité des priorités est de conserver un régime démocratique, avec ses imperfections sans doute mais avec les libertés fondamentales qu’il garantit. Les réglages fins ne viennent qu’après, en termes de choix des individus et des procédures propres à mener la meilleure politique pour le pays et pour les citoyens. Et certaines options qui se parent des atours de la démocratie mais qui n’en offrent pas les garanties, relèvent de la roulette russe. Je ne me risquerai pas, quant à moi, à prendre ce risque-là.

lundi 15 mars 2010

53,65 %

On a gagné !

Le triomphalisme est de mise après chaque scrutin, quel que soit le score et de quelque bord politique que viennent les échos. On en a l'habitude, et cette élection ne fait pas exception à la règle...

Mais, moi, je vous le dis : on a gagné cette élection ! Nous sommes 53,65 % du corps électoral à avoir dit le mot de cambronne aux nuls du PS comme aux toquards de l'UMP, et comme aux bons à rien des autres listes. Encore que ce chiffre officiel de 53,65 % ne reflète pas l'exacte amplitude de notre victoire : il faudrait y ajouter les bulletins blancs ou nuls (dont le mien), ceux qui n'ont pas voté du tout, ainsi que tous ceux qui ont le droit de vote  mais qui ne sont inscrits sur aucune liste électorale ! Et là, on atteindrait sans doute sans aucun mal les 60 % !

Il est vraiment dommage que dans ce pays, les votes blancs, et surtout les votes nuls, ne soient pas pris en compte. Car enfin, ne pas mettre dans l'urne un bulletin valide peut avoir plusieurs significations bien réelles :
  • Soit l'électeur s'en fout complètement et il ne se déplace pas.
  • Soit il met une enveloppe vide dans l'urne (vote "blanc"). Et ça signifie clairement qu'aucun des bulletins proposés ne lui convient.
  • Soit il met dans l'urne un bulletin non valide, par exemple parce que raturé (hors les scrutins ou le "panachage" est autorisé) ou parce que le choix du votant se porte sur quelqu'un qui n'est pas légalement candidat. C'est mon cas, et ça ne signifie pas seulement qu'aucun candidat ne me convient, mais surtout que je propose un autre choix, qui ne faisait pas partie de la liste officielle.
Dans les deux derniers cas, il est absolument anormal et profondément irrespectueux pour le citoyen de n'en tenir aucun compte. Mais la loi électorale est ainsi faite...

Triomphalisme, disais-je ? Si le décompte officiel tenait compte des abstentionnistes comme je le prétendrais normal, les scores seraient à peu près les suivants :
  • PS 13,66 %
  • UMP 12,13 %
  • Europe Ecologie 5,78%
  • FN 5,44 %
  • Modem 1,97 %
  • NPA 1,16 %
Qui est le grand vainqueur ? Le PS avez-vous dit ? Avec moins de 14 % ? Foutaise ! Non, j'ai beau chercher de tous côtés, il n'y a aucun vainqueur à ce premier tour. Sauf le premier parti de France : celui qui réunit tous ceux qui en ont marre de ces polichinelles qui ne se soucient que de leur rente de situation, dont aucun n'offre une alternative crédible à la politique collectiviste menée au plan régional peut-être plus encore qu'au plan national, et qui ne savent que blablater à longueur d'émissions télévisées, et se gargariser de leurs slogan creux et insipides qui ne convainquent plus personne, sauf, dans leurs meetings, leurs propres militants...

Attention : qu'on n'aille pas trop vite en besogne, et qu'on n'aille pas supposer que je me réjouisse de cette victoire du camp des lucides ! La démocratie est un acquis trop important pour qu'on l'évacue d'un revers de main au rang des antiquités et des inutilités obsolètes ! La démocratie est seule garante de la liberté, dès lors évidemment que le choix des électeurs ne se porte pas sur des liberticides.

C'est pourquoi il est selon moi impératif de voter dimanche prochain, et de ne voter ni "blanc" ni "nul". Si je me réjouis du "coup de semonce" que les Français ont donné hier, je redoute fortement que la "dynamique", comme disent les politologues, se perpétue au second tour, ce qui serait proprement catastrophique.

Au premier tour, on choisit. Au second tour, on élimine ! Au premier tour, nous avons été 53,65 % à choisir de recaler tout le monde. Au second tour, il nous appartient d'éliminer ceux dont on ne veut pas. Au premier tour, on choisit le meilleur s'il exite. Au second tour on choisit le moindre mal. Car on n'a pas le choix : celui qui aura obtenu le score le plus important, même minable, l'emportera, et aura les rennes de notre région pour 6 ans. Ce n'est pas rien ! Ne faisons pas aux pires de nos ennemis politiques le cadeau de valider le choix de leurs propres troupes. Barrons-leur la route de toutes nos forces...

Dans ma région comme dans aucune, il n'existe de liste qui corresponde à mes idées humanistes et libérales. Dans ma région comme dans toutes, les libéraux n'auront d'autre choix que de voter pour les moins socialisants des candidats en présence. Je ferai bien entendu ce choix, en mettant dans l'urne, à contre coeur mais par pragmatisme, le bulletin qui représente la seule formation éventuellement capable de barrer la route à la réélection des collectivistes sortants, à savoir celui de l'UMP.

Il reste à espérer que le parti des abstentionnistes ne gagnera pas une nouvelle fois au second tour. Car ne pas voter dimanche prochain, c'est voter pour les moins exécrés d'hier, c'est à dire pour, quand même, les plus antilibéraux des éligibles. Ne faisons pas leur jeu. Et croisons les doigts pour que les équipes au pouvoir dans nos régions dans les six ans à venir ne soient pas, grâce à la crise qui a tellement bon dos, des machines à lever l'impôt et à se foutre de nous, encore plus performantes que dans les six ans qui viennent de s'écouler...

A lire notamment, sur le sujet : l'article de Lomig, celui de Hashtable, celui du Psychothérapeute, celui du Toréador, ou encore celui d'Aster.